Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Victor HUGO

Je suis enragé. J'aime
Je suis enragé. J'aime et je suis un vieux fou.
- Grand-père ? - Quoi ? - je veux m'en aller. - Aller où ?
- Où je voudrai. - C'est bien. - Je veux sortir, grand-père.
- Sortons. - Grand-père ? - Quoi ? - Pleuvra-t-il ? - Non, j'espère.
Je veux qu'il pleuve, moi. - Pourquoi ? - Pour faire un peu
Pousser mon haricot dans mon jardin. - C'est Dieu
Qui fait la pluie. - Eh bien, je veux que Dieu la fasse.
- Tu veux ! tu veux ! - Grand-père ? - Eh bien quoi ? - Si je casse
Mon joujou, le bon Dieu ne peut pas m'empêcher.
C'est donc moi le plus fort. - Parlons sans nous fâcher.
- Je ne me fâche pas. je veux qu'il pleuve. - Ecoute.
Je te donne raison. - Il va pleuvoir ? - Sans doute.
Viens, prenons l'arrosoir du jardinier jacquot,
Et nous ferons pleuvoir. - Où ? - Sur ton haricot.
Victor HUGO